Quelques personnes âgées jouent au Scrabble, tripotant les lettres comme on effleure une relique. Le temps s'étire et chacun s'emploie à le tuer du mieux qu'il peut. Arbres nus, froid pénétrant.
Ce qui m'a conduit ici est plutôt commun: l'errance, l'angoisse dévastatrice, la peur de la solitude, du vide croissant, la dépression structurelle. Tout jeune déjà je me savais condamné à cette existence particulière, marginale et chaotique. Ce furent avant tout des manifestations diffuses, des impressions. Puis la conscience s'est forgée mêlant à la fois l'acceptation (ou plutôt un refus du déni) et une sourde colère qui grandissait face à l'injustice qui me frappait. Cette maturation de la douleur, ce pourrissement de l'intérieur, ont leur chemin propre. Échappant à la raison de l'esprit et du cœur. Mais le plus compliqué reste le long apprentissage qui nécessite temps et expérience. Éprouver pour comprendre, lutter pour résister. Et toujours la folie en embuscade, l'esprit désespéré qui tente de s'évader.
Ici on me conforte dans un cocon bienveillant et sécurisant. Une bulle confortable et rassérénante, une chimère éphémère. On me protège de ce moi titubant, de l'hostilité persistante du monde. Sens brisé, fragmenté, fuyant. Inaptitude du sens. Immobilisme pesant, attente insoutenable.
Pourtant j'aime. D'un amour entêtant aux arômes capiteux. Une force dont je me croyais incapable. J'aime et ressurgit cette volonté, ce besoin fondamental et absolu de vivre. Manque, émerveillement constant, incrédulité. J'aime et ça me hante. On n'adore pas que Dieu puisque je vénère le plus parfait de sa création.
Je sais que je survivrai.
27/12/09 - 13:20
levretteetses3soeurs