J'écoute : Chopin
Je regarde : Les Yeux sans visage
Je lis : Mauvignier
Je joue : Le matin exclusivement
Je mange : Pas assez
Je bois : Presque plus
Je cite : Le moins possible
Je pense : Ergo sum
Je rêve : J'ai une psy, merci. Même deux.
(mis à jour vendredi 23 octobre 2009 à 00:06)

17/04/2008

17/04/08 - 21:42

Jeanne d'Arc 6

Je suis une pomme de terre, les carottes sont cuites.
Encore une semaine à tenir, sept interminables jours peuplés de fantômes diurnes et nocturnes. Pris dans le glacis d'un isolement permanent, de douleurs qui tordent le ventre et donnent le tournis. Louvoyer entre les bancs, les massifs de fleurs, surtout ne pas fouler la pelouse, non. Ohé compagnons ici il y a des gens qui errent, ici on meurt. Et le soir, ces rires qui surgissent de dessous ma fenêtre et me prennent à la gorge pour mieux me finir. Moi j'étouffe, moi j'oublie qui je suis.

Une semaine, ce n'est rien. Courtes nuits et matins embrumés. Soirs et jours semblables aux derniers. Il n'y a que dans mes rimes pauvres que j'existe un peu. « Vous êtes un homme du verbe » il me dit, j'appartiens au peuple du Livre je lui réponds. Interprétations, questionnements, sans cesse ça fuse. J'analyse, je dissèque, je tronçonne de mon impitoyable logique. Un soir elle pleure sur le rebord de mon lit, je me sens merdeux tout enfoncé dans le creux du fauteuil, je reste interdit, distant. Je ne sais que faire pour calmer cet élan et ce petit corps qui s'époumone. Dans sa robe chiffonnée elle verse des larmes que je n'avais jamais vues.

Heureusement ce soir il y a Schubert qui couvre le cliquetis de mes doigts gourds sur le clavier. J'aère la chambre en grand, je la parfume pour étouffer l'odeur insistante du tabac. Je viens d'inviter R. à prendre le café, petits commentaires autour de ma bibliothèque. Elle n'aime pas Duras, je me raidis un peu, elle préfère Virginia Woolf. Je songe secrètement que j'aimerais avoir la noblesse de laisser une belle lettre puis de garnir mes poches de lourdes pierres pour enfin descendre lentement dans le lit d'une rivière. Je sais qu'un jour je partirai lesté, peut-être pas dans une campagne anglaise...

commentaires

17/04/08 - 23:23

Je viens d'inviter R. à prendre le café, petits commentaires autour de ma bibliothèque : oh ! vous avez emporté une bibliothèque ! youpiiii !

Je songe secrètement que j'aimerais avoir la noblesse de laisser une belle lettre puis de garnir mes poches de lourdes pierres pour enfin descendre lentement dans le lit d'une rivière : tu veux une baffe ?

Je sais qu'un jour je partirai lesté, peut-être pas dans une campagne anglaise... : hmmmm... ? plaît-il ?

20/04/08 - 00:27

j'aime votre écriture; j'aime votre souffrance, votre fragilité sous la carapace épaisse et solide dont vous vous parez.

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