31/07/2008
Il pleut sur la ville. Gais, gais, dansons sous la pluie ! Elle lave le sol gorgé de remords et de regrets. Balayées nos aigreurs, nos turpitudes, balayés nos projets. Naissent de nouvelles envies, gloire à elles ! Et que meurent les noirceurs qui pourrissent nos tréfonds. Jaillis, lumière, parce qu'après l'orage on te le commande, et perce la nuit de tes griffes acérées. Eclaire-moi, protège-moi. Et dis-leur qu'il ne me fassent pas de mal.
29/07/2008
Les rares messages qui défilent, je réponds. Ma bonne humeur du soir vaincra tout. Les lourds, les hallucinés, les précieuses ridicules, je réponds. Ce soir, je suis gai. Les autres, les amis, je réponds. Quant à ceux que je n'attends plus, je me force à croire qu'ils existent encore.
CitationAttitude."Si les tarifs augmentent, changez d'assureur"
Roselyne Bachelot, Ministre de la Santé.
Il pleut sur Paris, je t'écoute. Le ciel a enfin daigné explosé et tu chantes. Les grosses perles de pluie drues qui s'écrasent sur le sol et ta voix qui s'envole. Les nuages amoncelés, toi et moi. Notre tourmente, notre nuit, rien que nous deux.
Derrière de lourds volets je devine une famille qui dîne et je pense que « tout le monde devrait être malheureux autant que moi. » Deux coups de fourchette dans la bouillie du bonheur. Contraste foudroyant.
Ville tétanisée, embrouillée, sous les ires d'un tout-puissant mécontent. Les gens qui courent, qui s'abritent, musique en coin. Je sors dans la cour, je m'allonge la tête calée contre le béton. L'eau sur moi qui coule selon les anfractuosités de mon corps éteint.
Musique encore, sous mon toit, à l'écart des choses de la vie. Mes lèvres avides trempées dans l'alcool. Compagnie incertaine des jours mauvais, pour ne trouver que... moi. Résultat grotesque d'une quête perdue d'avance. J'aime les causes perdues.
Pas d'en-dehors pour ce soir, pas de fulgurance, pas de jardin intime. Juste un plat douloureux et calme, un feu qui ne part pas. Une malsaine humidité qui ronge les os. Je vais rejoindre penaud mes livres et mon chat, jusqu'à ce que la nuit m'avale complètement.
27/07/2008Au revoir ému à Youssef Chahine.Moiteur du soir. La fumée de cigarette stagne dans l'air et empeste la pièce, pas de vent. Les pensées vagabondent du coq à l'âne agréablement, sans frein. Mes larmes s'écrasent sur les notes des sonates pour piano et violon de Fauré, nostalgiques et apaisantes. Je regarde Aliosha par la fenêtre, allongé de tout son long sur le sol de la cour pour profiter des dernières chaleurs. J'ai le vague sentiment d'être bien, précisément à cet instant là. Il est parfois si doux d'avoir ses chimères.
Dépeuplé l'immeuble, dépeuplée ma rue, dépeuplée mon antre. Juste quelques verres sur mon bureau, l'un après l'autre, mon élixir. Je suis tout juste un peu ivre, emporté par les vapeurs d'alcool. « Rien ne sert à rien ». Ma tête sur les épaules et mon esprit en goguette. Ça je connais bien. Aux limites de moi, un peu de songe qui me glisse entre les doigts.
Et tout ce cirque du dehors pour me distraire, un verre en terrasse, puis deux. Sensation, au début, d'appartenir ne serait-ce qu'un peu au monde. Et après le brouhaha, les tournis, l'inconfort. Je ne peux plus. Non, je préfère boire seul, je veux cultiver mon jardin à moi. Enfant capricieux qui jette sa pelle au sol. Je m'éparpille en petits morceaux, je ne joue pas le jeu.
Il est des moments incertains où tout commence sans qu'on sache quand cela finit. Je tâtonne, je goûte le fruit du péché, je me terre jusqu'à la colère divine. En ce moment c'est la peau d'un garçon que je voudrais effleurer. L'écouter me dire toutes ses richesses, somnoler dans l'hypnose du moment. Happé par ses paroles et sa beauté. Mais je n'oublie pas que la vie est cruelle, particulièrement pour ceux qui se jettent dans sa bouche et dans son feu.
25/07/2008CitationAttitude."Obama ? C'est mon copain. Je suis le seul Français à le connaître."
Nicolas Sarkozy, Président de la République. 24/07/2008Elle part au Canada pour quelques jours. Elle me dit toute sa lassitude, son désespoir, « rien ne sert à rien ». Je suis bouffé par la frustration de l'impuissance, incapable de faire face à cette situation. Peut-être trouver les mots justes, lui dire que je suis là. N'abandonne pas ma belle, ne te brûle pas les ailes, tu es magnifique quand tu ris, quand tu parles, quand tu chantes. Moi je t'aime comme tu es, toi et tes « advienne que pourra ». Nous sommes faits du même bois, j'ai le même sang, les même diables, la même passion des choses et des gens. Pense à ces heures splendides où le soleil mange la nature et joue avec les ombres, pense à Mendelssohn, pense aux nuits qui apaisent. Combat la peur, l'ennui et l'angoisse, frappe-les de toutes tes forces. Attache-toi à ce qui existe et non pas ce qui est. Ma belle, je voudrais te serrer si fort dans mes bras. Je voudrais pleurer avec toi, que nous séchions nos grosses larmes en imaginant demain. Au creux de la tempête il y a nos cœurs qui battent si fort, écoute-les, on est jamais aussi vivants. Ils seront notre abri, notre rédemption, notre chance. Il y a des possibles ma belle, crois-moi.
Pleurons jusqu'à la sécheresse, le sol sera fertile. Imagine un peu. Et de la terre, notre mère, repousserons les bourgeons de l'espoir. Prends ma main, ma belle, je te la tends. Et vois tout autour de toi ceux qui te sourient, tu n'es pas seule. Il y a juste ce maudit pont à emprunter où nous attend quelqu'un avec une question. Veux-tu passer ? Veux-tu vraiment passer ? Il demande. Je t'en prie, dis-lui oui.
21/07/2008Au creux de mon lit reviennent les souvenirs pénibles. Je change de position, je tâte les oreillers, impossible de les chasser. Je lis, j'éteins la lumière, je me lève. Deux Imovanes. On ne dissout pas l'infinie tristesse avec des somnifères mais tout juste peut-on espérer les assommer, le temps d'un court et désagréable sommeil. Pour me rassurer, refaire surface, je me dis que je ne suis pas le seul. Il n'y a pas de gens heureux je me dis, il n'y a que des motifs de ne le pas l'être. L'angoisse, l'amour, l'absence d'amour, la famille, le travail... la solitude. Et moi je danse, je chante, je joue avec mes démons. Pièce oblique, le plafond qui s'approche dangereusement. Mes satanées nausées qui reviennent en même temps qu'une soif inextinguible, tout se mélange, tout se transforme.
On ne gagne jamais les batailles, on plonge seulement dans la lutte, toujours. On s'écharpe au contact de la vie, on se blesse, tâche indélébile. Surnager le plus possible, faire fi des choses qui n'existe pas. Le bonheur ça n'existe pas, ce n'est pas universel donc ça n'existe pas. La faim, la douleur, oui. La justice aussi je me dis. Besoin fondateur de lutter jusqu'au moment où toute cette comédie sera finie. Il y a toujours une fin aux histoires mes enfants.
Impossible de me blottir dans les bras vengeurs de Morphée. Je reprends la biographie de Condorcet par les Badinter. Eux, ils existent. Soif de vodka, soif d'absolu, envie de risque. Envie de cette altérité bénie qui me mène en-dehors de moi, qui me permets de brasser l'intégralité de mon univers en un seul baiser. Ivre je suis ne suis plus seul, ivre je suis un. Je me noie un peu plus, je nourris les diables qui m'habitent. Mon appartement se peuple d'amis, de présences qui me poussent à frapper toujours plus vite, toujours plus fort, mon clavier. On ne m'enlèvera pas ça, ni mes livres, ni ma musique. Lumière chaude tapie dans les coins, nuages de fumée qui s'échappent de ma bouche. Les doigts crispés, les bras tendus, les yeux fixes. Je trempe mes lèvres dans le fameux élixir, rien. A petit feu mes espoirs se dissipent, mes projets tombent à l'eau. L'envie se meurt.
Je reste seul avec moi et ce grand dégoût persistant. Oralité du désespoir.
19/07/2008CitationAttitude."Gloire à Jean-Pierre Raffarin, phare de l'humanité !"
Monsieur Népomucène. Non à l'hyperprésidence par Robert Badinter.
Certains se demandent si, en refusant de voter la révision constitutionnelle, les socialistes ne sont pas en train de passer à côté d'une opportunité : rééquilibrer les institutions. La réponse est non. Cette révision est une occasion perdue, non pour les socialistes, mais pour la République. Nos institutions souffrent d'un mal profond : l'hyperpuissance du président. Il est le véritable chef du gouvernement, pour ne pas dire le gouvernement à lui seul, dans la pratique actuelle de l'Elysée. Et, depuis le quinquennat et la succession des élections présidentielle et législatives, il est le chef réel de la majorité présidentielle à l'Assemblée. La séparation des pouvoirs n'est plus qu'apparence. De surcroît, ce pouvoir sans pareil n'est assorti d'aucune responsabilité. J'appelle ce régime la monocratie : le pouvoir d'un seul dans la République.
Or le projet de révision ne réduit pas les pouvoirs du président. Il les accroît en lui permettant de s'adresser directement aux parlementaires réunis en Congrès. Le président présentera un bilan flatteur de son action et fera acclamer par sa majorité son programme de gouvernement. Le premier ministre comme chef de la majorité parlementaire disparaît. Le renforcement des prérogatives du Parlement, premier objectif de la révision selon le président, est un leurre en termes de pouvoir réel. Tant que le président sera le chef incontesté de la majorité à l'Assemblée, le Palais-Bourbon demeurera une annexe du palais de l'Elysée. "Cy veut le Roi, cy fait la loi", l'axiome de l'Ancien Régime demeure la règle sous la Ve République.
Quant aux pouvoirs de nomination du président aux grandes fonctions (Conseil constitutionnel, CSA, etc.), on annonce "un changement considérable" : le choix du président pourra être refusé par un vote des trois cinquièmes des membres d'une commission parlementaire. Mais un tel vote requiert le concours de la majorité présidentielle, qui ne sera jamais donné contre la volonté du président. Si on voulait rendre ces nominations consensuelles, il faudrait une majorité positive des trois cinquièmes nécessitant l'accord de l'opposition. On est loin du compte.
D'autres font valoir que la réforme accorde à l'opposition parlementaire des droits nouveaux. Mais il faut regarder la portée des textes et non pas seulement l'étiquette. On nous dit : le Parlement aura la maîtrise de la moitié de l'ordre du jour, "un progrès immense". Mais qu'en est-il pour l'opposition ? Le projet lui réserve un jour pour trois semaines, à partager avec les centristes. Belle avancée démocratique !
Autre exemple. Le président annonce que la présidence d'une commission parlementaire sur huit sera réservée à l'opposition. Pourquoi pas trois ? Nous ne demandons pas des pourboires, mais un rééquilibrage.
Enfin, la révision proposée consolide le mode d'élection archaïque des sénateurs, qui assure à la droite une majorité pérenne au Sénat. Cette situation est un défi à la démocratie. Le comité Balladur avait ouvert la voie à un changement possible. La droite sénatoriale a tout refusé à ce sujet. Elle entend demeurer maîtresse du Sénat et, par là, de toute révision constitutionnelle proposée par la gauche. Lors de la prochaine alternance, la gauche devra donc présenter un projet de révision constitutionnelle, soumis directement au pays par voie de référendum. Il devra inclure la reconnaissance du droit de vote aux élections municipales des immigrés régulièrement établis en France. Cette réforme-là, si importante pour l'intégration, est ignorée par l'actuelle révision.
Dans ces conditions, libre à qui le veut de danser un pas de deux constitutionnel avec le président de la République. Ce n'est pas notre choix.
Robert Badinter, sénateur, ancien président du Conseil constitutionnel
(Point de vue paru dans Le Monde du 19/07/08) Morne soirée en tête à tête avec l'Absolut. Les amis qui ne rappellent pas, la nuit qui tarde à avaler la cour, Aliosha qui dort paisiblement sur le lit. Et cette fébrilité, cette excitation du soir qui ne trouve pas de débouché. Sensation étrange d'être condamné à répéter l'histoire, de minauder devant un écran qui, déjà, ne m'intéresse plus. La musique enveloppe l'appartement tandis que je tape sur mon clavier, il se fait tard et je n'ai pas sommeil. Ce soir je boude Morphée, plus confiance. Je fais défiler les morceaux sur la playlist, de Sanson à Fauré, ils me portent un peu plus loin dans la soirée, incidemment. La fatigue qui sillonne son tracé insidieusement sans que mon esprit s'en aperçoive, les traits grossis, les yeux bouffis. Je n'ai plus l'habitude de ces bagatelles. Demain je n'irai pas déjeuner avec S. et Béa, je serai mal, je le sais d'avance. Il s'empare de moi, petit à petit, il me gagne. Ce sont les abysses qui me guettent alors que j'émerge à peine. Alcool, déprime, sur fond de volutes de cigarettes, un bon scénario que je connais bien. Comme ces vieux films que j'aime tant où tout peut basculer d'un instant à l'autre. Humphrey Bogart dans Casablanca qui laisse partir Ingrid Bergman dans l'avion puis qui part boire un coup avec Claude Reynes. « Que faites-vous à Marrakech ? Je viens prendre les eaux... »
Et puis il y aura demain, ce tenace demain qui me tient par les couilles, qui me dit de tenir bon, qui me promet tant. Je l'exècre autant que je l'espère. Il vous susurre des mots doux à l'oreille, il vous secoue les neurones quitte à en perdre quelques-uns puis vous lâche à peine lorsqu'il montre le bout de sa queue.
Un peu de Motilium pour chasser les nausées persistantes, une rasade du reste pour parachever le tout et la nuit s'annonce bien. Dormez tranquilles mes chers esprits, le destin veille sur vous.
18/07/2008Marre de l'anonymat !Hotlisteurs, déclarez-vous !
Ici.
J'enfourne le Dvd. La machine l'avale en vrombissant, quelques secondes. Là, comme l'écrit un fan à Blanche Hudson, « je retrouve une vieille amie ». Bette Davis et Joan Crawford se donnent la réplique dans « Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? » Un film sur les films, sur Hollywood, truffé de références cinéphiles. C'est décidément magique le cinéma. Un film ambigu, échevelé, magnifiquement interprété. Robert Aldrich emprunte d'excellents plans à Orson Welles, notamment la thématique de l'escalier exploitée également par Hitchcock. Plans en plongée et contre-plongée pour appesantir l'atmosphère, suspense psychologique intense qui explose parfois en pure violence. Dès le début, avec de nombreux indices tels que la façon dont Jane empoigne le plateau destiné à Blanche nous révèlent la tension du film.
Hannah Arendt nous disait avec ferveur que l'homme peut être un loup pour l'homme, qu'il y a une part de saloperie qui sommeille, qu'il n'y a pas de monstruosité mais simplement du déni d'humanité. « Baby Jane » illustre cette ambiguïté inscrite en nous, cette histoire qui hoquette.
17/07/2008At home !
Comme un enfant sec et nerveux j'observais l'aurore, assis sur mon fauteuil je la touchais du bout des doigts. Pas un coup de fil, c'est tôt le matin, c'est heureux.
Plusieurs jours que je suis rentré. S'adapter à la vie civile, recommencer à nouveau. Encore. Tous ces efforts déployés à combattre les vieux démons, si près, si intimes. Et les heures perdues qu'on ne reverra jamais. Il n'y a que le temps à regretter, celui du passé qui repose saumâtre dans nos souvenirs, celui du présent que l'on tue et celui d'après que l'on redoute. Refaire les efforts, assumer les contingences, rebâtir des projets. Et puis, petit à petit, reprendre goût à ce que l'on appelle vivre. C'est un chemin tortueux et boueux, une incroyable aventure, une de plus. Je ne suis pourtant pas téméraire mais il faut croire que je la cherche, inlassablement. Réapprendre à aimer les gens, quoi qu'il en coûte, mais toujours s'apercevoir que ce n'est pas tâche aisée. Ne jamais devenir résigné, blasé ou cynique. Continuer à écrire des kilomètres de sottises. Résister à la petite fébrilité qui se fait sentir incidemment le soir, ne pas plonger dans les paradis artificiels dès que les moments à traverser sont difficiles.
J'ai écrit à V. et j'attends impatiemment de ses nouvelles. Et vous, quelles sont les nouvelles ?
08/07/2008Garches 26Retour au château après deux jours de liberté conditionnelle. Les rues successivement délavées par la pluie et baignée de soleil. Rien de franc, rien de majestueux, juste un temps d'entre-deux. Pourtant, une petite chaleur dans les yeux quand je tourne la clef dans la serrure. Aliosha qui m'attend dedans, ses petits miaulements de celui qui s'impatiente derrière la porte, mon empressement un peu gauche. Suivent de tendres baisers, des caresses pour rattraper le temps irréparable. Les larmes me montent aux yeux, ce soir, je ne dormirai pas seul. Mon repère, presque intact, ma bibliothèque chérie, ma musique... Première impression agréable. Ma porte ouverte au reflux de ces sensations longtemps enfouies, des semaines de « vacances ». Et puis l'épuisement s'abat, me fauche violemment depuis le fauteuil du bureau. Comme si je n'avais pas supporté toutes ces sollicitations du monde. Comme si je découvrais une terre inconnue. Besoin de dormir, habillé sur le lit défait. De longues heures perdues au monde, définitivement englouties et inutilisables. Mauvais départ. Le lendemain contraste avec ses faux airs de Walkyrie, une hyperactivité nerveuse m'envahit. Des rendez-vous, des coups de fils à passer, organiser, régler, gérer. Multipliant les gestes, me décuplant, les bras de l'Hydre. Sautillant d'un lieu à un autre, cabri du désespoir, papillon de jour. Nouveau médecin de ville, nouveau récit d'une longue vie trouble et perturbée. Etape aussi indispensable que pénible. Les phrases sanctionnées d'un « ah oui... » pensif, mon discours qui se casse, les émotions qui remontent, les souvenirs aussi. Je saute dans un taxi, il écoute TSF, j'indique la clinique des gentils fous. C'est parti.
J'arrive juste avant la pluie. Le château transpire le calme, normal, il manque le monsieur loyal. Béa grille un cigarette sur la terrasse, comme d'habitude, je lui saute dessus et l'embrasse comme du bon pain. C'est ma Béa à moi. Je suis un gamin qui revient du zoo et qui se jette dans les bras de maman. Alors, c'était comment ? Elle me dit. Je lui raconte tout, j'insiste sur les bons éléments, je ne sais pas pourquoi. J'y avais peut-être trop réfléchi sur le chemin du retour, trop mâché ces deux jours dehors mais pas encore digéré. Demeurait un noeud au ventre, une angoisse latente qui poussait lentement. Je ne sais pas si je suis prêt, je me demande. Je ne « le » sens pas, non. Pourtant il faut. Je ne dois pas rester enfermé plus longtemps maintenant que j'ai eu ma piqûre de rappel à la vie. Je risque l'impatience, les pensées qui tournoient dans mon crâne, la nostalgie, le manque terrible de ce qui m'entoure, de ce qui me fait chaque jour. J'essaie de croire en un lendemain qui se construit sereinement. J'échafaude des projets, je les cloue au sol, sait-on jamais. Et puis demain, demain... Ne pas se défiler, revendiquer, jalonner la vie de preuves qu'on existe bel et bien, envers et contre tout. Dors bien bonhomme, le jour chassera cette nuit bâtarde. 07/07/2008Garches 25Se débarrasser de ces plaies qui psalmodient chaque soir les même histoires, sur le même ton, avec les même détails. Longue litanie, paroles devenues sèches et creuses. Ils ne me touchent pas, parfois m'agacent. Laissez-moi ma pause, ce moment qui m'appartient exclusivement. Laissez-moi au moins ça. Un souffle, une impression de liberté. Laissez-moi mes nuits. Et puis je hais ce bal hypocrite, quand leurs visages trahissent leurs pensées. Qu'ils aient la dignité de vivre cohérents et droits. Quand je les vois sortir leurs boniments je serais prêt à affronter des armées, j'attends la faille pour m'y glisser, les preuves flagrantes de l'ineptie de leurs discours. J'exècre les convictions reniées, la trahison à la pensée, l'intelligence cocufiée. Humilité aussi, un mot noble qu'ils seraient bien inspirés d'appliquer. Juste un soupçon de regard critique, d'introspection. Se méfier de l'eau qui dort. Sortir du palais de glaces, briser les miroirs si facilement tendus, flouer les apparences. De la finesse, juste un peu, une larme pour le dessert. Car les larmes elles coulent, nappes souterraines et discrètes, trop de pudeur. Tandis qu'ils étalent ça, des tartines gluantes, moi je ne peux pas. Non, ça ne vient pas. Des confessions peut-être, à Béa surtout, à V. aussi, à d'autres qui sont partis. Impossible de placer ma confiance en dehors du cadre de l'intime, du partage ou bien de l'anonyme. Il y a parfois des catins du ressenti, elles en font trop et attendent quelque chose en retour. Spectacle profondément dérangeant, voire nocif. Peut-être parfois même une sorte de jeu pervers du chat et de la souris. Ou alors candeur des gens trop simples, ceux qui sont persuadés de tout, qui croient maîtriser et dissimuler à merveille.
Le vent balaie les timbales vides sur les tables d'acier, il est frais et puissant, agissant par bourrasques successives, sans murmure ni caresse. Les discussions tournent autour des toxiques, des pathologies. Je ne suis pas très à l'aise. J'ai froid malgré une épaisse veste de coton, je voudrais fuir pour lire sous les combles. Là où il fait doux, toujours, lumières tamisées et musique apaisante, ma chambre. Je voudrais les fuir tous. Comme s'ils manipulaient des bombes sans en avoir conscience, les mots ça tue. L'envie se creuse, les sillons suintants dans les tripes. Les souvenirs agréables aussi, l'exaltation, l'accélération de l'idéation. Une légère nervosité m'étreint au fil des récits, la plupart du temps je demeure silencieux. Je n'ai pas toujours de bons conseils, ni d'ailleurs quelque chose de pertinent ou de rassurant à dire. Mes pensées me ramènent à Jeanne d'Arc, aux conneries, aux rires, aux petites folies qui nous font décoller du sol. Pas de nostalgie, c'est un étouffe-chrétien. On regrette bien souvent une période sans jamais se poser la question de celle que l'on construit dans le présent.
Alors vivement demain ? 05/07/2008Garches 24Mortes plaines. Même les rats ont quitté le navire. Foutus week-ends. Une trainée de rose et blanc mêlés strie l'horizon, il fait doux. Je fume quelques cigarettes sur la terrasse et je ne peux m'empêcher de leur trouver un goût tout spécial, un peu plus fort et enivrant. Substance de substitution, poison lent et pourtant violent. On meurt aussi d'hypocrisie dans nos contrées civilisées. V. est venue me dire au revoir, gentiment, devant le bar du salon. Les yeux un peu humides de quitter cet endroit, je lui presse le bras pour lui donner du courage, nous nous embrassons comme de vieux amis. V. est partie dans sa lourde voiture grise qui semblait flotter sur la route, un petit signe de la main puis c'était fini. Comment oublier ces moments que je conserverai jalousement, ce tutoiement qui m'est venu si difficilement mais qui restera si précieux. Un « tu » qui rapproche les hommes. Et puis nos rires partagés, nos doutes, nos mots (nos maux aussi.) Une page de ma vie au château qui se tourne, frêle et en même temps pleine de promesses. Je serai là, et toi ?
J'ai dîné seul face à « De l'audace ». Quitte à dîner en silence autant le faire seul. Les vieilles ont préempté les grandes tables pensant y trouver la joie que nous y avons laissé mais ces choses là ne s'importent pas. Elles sont un peu pathétiques mes rescapées du Mékong, comme je les surnomme en toute affection, bien entendu. Mon seuil de tolérance est tombé bien bas, je me surprends moi-même, mais la vie en collectivité à ça de stupéfiant qu'il transforme nos capacités et nos limites. Je les observe, branlantes, la voix chevrotante, hautaines, râleuses et méprisantes. Je finis par ne pas les aimer vraiment malgré la mobilisation de toute mon indulgence, seulement je ne crois pas encore aux phénomènes surnaturels.
Je rêve de voyages intérieurs, de découvertes. Pas celles d'un Trivial Poursuite mais celles qui participent de l'illumination de l'esprit, des révolutions intellectuelles. Je me replonge avec délectation dans la philosophie, les essais, en laissant malheureusement de côté les romans qui m'attendent inlassablement posés sur le radiateur de ma chambre. Je rêve de voyages dans des pays que je ne connais pas, frôler des cultures inconnues, d'autres coutumes, d'autres arts. Je prépare dans la hâte mon voyage du mois d'août au Sénégal, ayant comme d'habitude négligé les formalités matérielles et pourtant indispensables. Je suis un indécrottable oublieux, perché je ne sais où, pas toujours les pieds sur Terre pour sûr.
La nuit est encore jeune et je vais devoir m'employer à taire ce regain d'énergie qui me traverse, l'étouffer avec morgue et insensibilité avant qu'elle ne me gagne complètement. Sinon je sens bien qu'elle pourrait me porter loin, si loin que ça ne serait pas sérieux. Je pourrais tout aussi bien l'entretenir un peu, comme un foyer encore incandescent, pour profiter de cet état un peu second et si agréable qui me porte un peu en-dehors de moi. C'est l'heure des choix, l'heure glissante. Garches 23Vendredi. Valse des départs, des permissions, les lieux se vident à une allure vertigineuse. Soirée fraîche et calme comme je les aime, vide de présence inopportune. Tandis que mon regard s'alanguit sur les moulures du plafond mes pensées vont vers V. qui nous quitte demain. Emu et chagriné j'ai pris ma plume pour lui dire au revoir, à ma façon, tendre et nouée. J'ai soigneusement glissé la missive sous sa porte pour ne pas la déranger puis je suis reparti tout penaud vers le château où m'attendait le dîner. Etrange soirée où j'ai dû me battre avec mes vieux démons. Impossible de chasser ce vague à l'âme poisseux et collant. Absences en compagnie des autres. Ca ne va pas ? Demande Béa, si si je réponds. Bien sûr, ça va toujours. Justement, elle aussi s'en va, pour le week-end. Je risque fort de me retrouver avec les fantômes de la clinique, les vieux, les dépressifs chroniques et les hystériques égocentrées. Chouette perspective !
Dieu merci il y a la fuite, les creux de mes refuges, mon petit monde. Le reste est trop lourd à porter, trop cru à affronter. Comme cette M., courbée sur sa canne qui ne parle que dans un long gémissement à peine audible. Elle me fait peur, sans doute parce que je me projette un peu dans un avenir encore brumeux et terriblement angoissant.
Et puis il y a ma première permission qui approche à grands pas, je redoute mes réactions à l'extérieur, mes capacités de résistance au monde. Ma sortie qui se profile également, il est temps de se jeter au-dehors je crois, si tout se déroule comme prévu. Mais nul ne maîtrise les impondérables... Je ne suis pas sûr de vouloir retrouver ma vie ni l'envie d'en changer complètement. C'est un peu la problématique que je soulevais avec mon médecin, l'incompatibilité entre mes choix de vie et une hygiène parfaite. Il ne faut pas se leurrer sur mes chances de réussir à m'en sortir. Tout juste puis-je viser le correct, l'admissible, l'à peu près. Je suis une sorte de perfectionniste frustré qui bâcle tout. J'en ai raté des choses, j'en ai omis des détails, j'en ai gâché du temps, j'en ai coulé des navires au port. Je lisais qu'il était plus facile de fuir le bonheur que d'être heureux. Sans doute n'ai-je pas l'intelligence nécessaire pour la mettre à ce niveau là. Je mise tout sur le questionnement, je ne vois que des noeuds à démêler, des problèmes à solutionner. Je ne sais pas si nous pouvons nous en libérer, d'ailleurs je ne sais même pas si ce serait souhaitable.
Il est tard, le médecin de garde vient de passer une cigarette au bec, tant mieux ça m'évite d'écraser la mienne. J'écoute quelques chansons qui réchauffent, le tutoiement dans le coeur. C'est parfois agréable de s'échapper des contingences, il y a ces moments de la vie qui sont doux. Tant mieux. 03/07/2008Garches 22Chaleur humide, vêtements qui collent à la peau, et le ciel qui se déverse parfois en trombes incessantes. L'angoisse qui charge à l'heure du marché sur la place de la bourgade, attaque panique saisissante en consultant les romans de gare du bouquiniste. Coca zéro à la terrasse du café en compagnie de Béa et tout se replace, les repères auparavant brouillés qui s'éclaircissent, les sensations qui reviennent lentement, membre après membre. Passés, l'engourdissement, la tétanie. Retour à pas pressés pour le déjeuner.
Hier j'ai donné à V. deux symphonies de Mendelssohn. Je lui ai expressément demandé de les écouter à une certaine heure de la soirée. Quand la lumière déclinante du jour avale tout le parc en dessinant des ombres nouvelles, en jouant avec les verts et les ocres pétillants. Il y a cet instant que j'aime tant, le premier café du soir sur la terrasse. Un calme apaisant envahit le château, pas un passant, pas une voiture, juste la nature modelée par l'homme qui reprend un peu ses droits. Les chats qui sortent de leurs cachettes et se dodelinent sur l'herbe fraîchement coupée, constellée de fleurs aux coloris variés. Cela faisait bien longtemps que je ne n'avais pas fait la paix de cette façon avec les éléments. Le citadin embourbé qui se croit à la campagne, souvenirs d'enfance chez les grands-parents et ses moments de liberté volés. Les jeux dans le parc, les cabanes dans la forêt, les ricochets dans les bassins.
Mes échanges épistolaires devraient se poursuivre. Elle m'en réclame plus encore. Ca nous fait du bien à tout les deux. J'essaie d'y consacrer une partie de ce qui me reste de concentration, de capacité, de créativité. Je dois dire qu'il ne me reste plus beaucoup de place en dehors de mes compagnons d'aventure. En dehors, plus franchement, de cette aventure. Elle est exigeante, gourmande, obsédante. La vie me demande beaucoup et je suis lassé de la tromper. J'ai vidé, pour un temps, le barillet de la roulette russe. Alors j'ai besoin de paix.
Mais je sais que ce ne sera qu'un temps, que je reviendrai à cette recherche de l'altérité. Altérité qui mène à l'en-dehors de soi, je vais juste tâcher de ne plus pénétrer le hors-là. Cadrer, comme en psychanalyse, mes expériences, ma consommation. Ne plus se détruire. Oh, certes, il y aura toujours la souffrance, les espoirs déçus, la révolte... Je me dis aujourd'hui « advienne que pourra » sans aucune illusion ni envie déplacée.
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