31/01/2010L'après-midi s'enfonce dans une lente agonie.
Elle gémit sous l'assaut chatoyant des rayons finissants.
Les badauds se prélassent au plaisir goulu, léchant la nature d'un regard alangui.
La dame se vêtit d'une blanche parure qui au contact du désir se transforme en armure.
Ah Dieu que les plaisirs des yeux sont doux, que le goût du vivant s'embellit quand on a que vingt ans. 29/01/2010Parfois, ici, ça s'impose. Non ?Un barrage contre les bâtisseurs d'empires. De longues tours fines bardées de murs épais. Une lourde porte féraillée qui s'élève comme un ogre tranquille. Parfois on a envie de passer, de pénétrer de l'autre côté. Franchir la frontière et transgresser la norme imposée. Et l'esprit divague en produisant ces désirs un peu fous, cette entêtante sensation de liberté, d'invincibilité.
Concerto pour violon de Sibelius. Je m'enivre pour l'anesthésier, l'autre. J'ai beau scribouiller pour vomir ma bile elle me suit à la trace. J'emprunte pourtant les chemins de traverse mais je demeure incapable de la semer.
Seigneur, quand tout cela va t-il finir ? 26/01/2010J'avais oublié d'ajouter une belle image.
C'est vrai, c'est important les images. Stabat MaterPilules roses et pinot noir, c'est la danse du scribouillard.
Cliquetis de la lourde horloge, branlebas de combat.
Puissantes fées, je vous sens venir de loin jusqu'en bas.
Faites taire ce murmure qui me ronge, ce mot soufflé qui m'effraie.
J'ai perdu ma poudre virginale, mon orgasme fidèle.
De la poudre, vite, pour blanchir mes dents, pour soupeser l'esprit.
Mes bonnes fées, c'est un cri sincère et blanc.
Il est fini le temps des gens dispensables, le temps qui fuit.
Supplique sanglante, miserere, mon sommeil est infini.
Transpercez-moi, mes saintes fées, réveillez-moi.
Car mon lit déborde de confort, car la lie guette à ma porte.
Je n'aurai jamais assez de médecine pour tenir le siège.
L'attente est assassine, l'angoisse volubile.
Mes douces fées, faites qu'il ne me ravisse pas.
Que le désir m'emporte.
Paradis blanc, le nez dedans.
Amen.
24/01/2010Ca déchire la tête, grave sa race.
Fulgurance, précision incisive de l'immédiateté.
Coup de fouet, shlack, pan pan.
Se déhancher, aimer la terre entière.
Just let me go. 22/01/2010Condamné aux joies sirupeuses. Alcools voluptueux qui réchauffent le corps. Glacé, le corps, qui ment si souvent. En proie aux contingences des désirs premiers, des nécessités ambivalentes. L'esprit se confond, le corps fond.
Tomber en étoile sur la neige, le ridicule ne tue pas, il dit. Pas facile de se relever, de revenir dans ce Paris qui pue. Mon petit chat, ne pense pas que je stagne, je me débats, je chemine. Bordel, comme je m'accroche à cette putain de vie qui ne cesse de me cracher à la gueule.
Mon fric dilapidé en poussière, ritualisé, glissé de main en main. Grosses coupures. Ça ne vaut rien, quedalle, du papier, bon à brûler. Bûcher de billets.
Musique entêtante, rythmes saccadés, mes coudes dansent. Oh, je voudrais m'émerveiller devant le spectacle de la neige. Je suis un gosse, boucle d'or elle dit. Je souris.
Et je prie tout ce qu'on peut invoquer pour que le vin l'emporte sur le guet de la raison. Bacchus, fais-moi traverser. Toi et moi, toi, toi, toi. 21/01/2010Café âpre, quiet song.
L'après-midi s'étire comme un chat paresseux.
Comme une envie de mettre des mots sur des sentiments.
Peuple du verbe, le verbe est. Foutus mots qui gigotent.
Weber et l'éthique protestante, Nouvel observateur chiffonné.
Cheveux longs, barbe naissante, balance souriante.
Je n'aime pas les jeudis, ils se plaignent, ils peinent.
Café clope, le socle sacré d'une alimentation saine.
Vider les cendriers, faire la vaisselle, jeter les poubelles.
C'est jeudi.
Jongler avec les bouteilles, chanter un air nostalgique sur ce passé d'or qui ne reviendra jamais, jamais.
Tout est violence, misère et désuétude. 12/01/2010La mâchoire se déserre sous la culbute de la vodka, dessous le désert blanc. C'est étrange, je me dis, cette foutue impression de devoir y passer à chaque fois que je prends l'avion. Ces idées déliées qui m'avertissent que c'est la fin. Mais toutes les plus belles histoires ont une fin, n'est-ce pas mon beau Messie ? Ça m'émeut ce gros tas de poussière d'ange.
J'arrive, merci Lilly, C. attend derrière cette grande vitre bariolée d'auto-collants. J'y suis, nom de Lui, plus de demi-tour envisageable. Je me livre dans la fosse aux lions, heureusement que je ne suis plus vraiment comestible.
C., putain, j'ai l'impression que ça fait une éternité. Des années d'exil, bien loin de tout, de tous, peut-être aussi d'un toi. Et, ici, c'est comment l'enfer ?
Back to the DDR ! Oué Coco montre-moi du gratte-ciel stalinien, de la perspective brejnevienne, montre-moi comment on grimpe aux rideaux, rouges.
Ah oui, l'alcool, goulu que je suis. Il coule à flots, pour presque rien. Je m'imbibe, je transcende. A Paris on m'a probablement déjà oublié alors je fuis. Fuir c'est inélégant mais tellement pratique. La tête qui tourne, la langue qui se réchauffe, le front aussi.
Dans la cuisine de L. il fait terriblement chaud. Sur la table traînent vodka et coke, négligemment dispersée en dessins et lettres grossièrement formées. F. me sort son numéro. Mais alors là c'est la grosse Berta, qu'ai-je fait pour mériter cela ? Et puis les mannequins tordus ça n'a jamais été ma tasse de thé. Et puis je crois en mon beau Messie. Alors laisse tomber F., pitié pour un pauvre pèlerin qui arpente le chemin sinueux (bordel ce qu'il est sinueux) de la félicité. 27/12/2009Elle n'aime pas les gueux. Ouais, cause toujours salope, je suis galeux.
Tox ! Elle me fout à la porte. Gonflée la doc.
La « coque » ça baisse, elle dit. Faut arrêter.
Il faut.
Casse pas mon idylle, bécasse, retrousse tes manches.
Non, moi je dis stop à la drogue.
Et les pauvres pécheurs n'ont qu'à bien se tenir, Mère-la-vertu veille.
Fais l'autruche, truchement malingre.
Clope sur clope, je nourris le cendar.
Enfreinte au règlement, psychorigidité normative.
La bonne, ça raque.
Mais il faut. Ouais, faisons !
Tu comprends pas ? Normal.
T'inquiète, t'auras bien assez de surfaces planes à astiquer.
Bye bye ma grande, moi je fais mon baluchon et hop...
Quelques personnes âgées jouent au Scrabble, tripotant les lettres comme on effleure une relique. Le temps s'étire et chacun s'emploie à le tuer du mieux qu'il peut. Arbres nus, froid pénétrant.
Ce qui m'a conduit ici est plutôt commun: l'errance, l'angoisse dévastatrice, la peur de la solitude, du vide croissant, la dépression structurelle. Tout jeune déjà je me savais condamné à cette existence particulière, marginale et chaotique. Ce furent avant tout des manifestations diffuses, des impressions. Puis la conscience s'est forgée mêlant à la fois l'acceptation (ou plutôt un refus du déni) et une sourde colère qui grandissait face à l'injustice qui me frappait. Cette maturation de la douleur, ce pourrissement de l'intérieur, ont leur chemin propre. Échappant à la raison de l'esprit et du cœur. Mais le plus compliqué reste le long apprentissage qui nécessite temps et expérience. Éprouver pour comprendre, lutter pour résister. Et toujours la folie en embuscade, l'esprit désespéré qui tente de s'évader.
Ici on me conforte dans un cocon bienveillant et sécurisant. Une bulle confortable et rassérénante, une chimère éphémère. On me protège de ce moi titubant, de l'hostilité persistante du monde. Sens brisé, fragmenté, fuyant. Inaptitude du sens. Immobilisme pesant, attente insoutenable.
Pourtant j'aime. D'un amour entêtant aux arômes capiteux. Une force dont je me croyais incapable. J'aime et ressurgit cette volonté, ce besoin fondamental et absolu de vivre. Manque, émerveillement constant, incrédulité. J'aime et ça me hante. On n'adore pas que Dieu puisque je vénère le plus parfait de sa création.
Je sais que je survivrai. 20/12/2009Il amorce la pompe afin de distiller un précaire soulagement. Ce n'est pas une existence, il se dit. De toute façon c'est toujours pareil, quand l'équilibre lui échappe il décompense en recherchant frénétiquement le précieux soulagement. Plaisir fugace, coûteux et quasiment primaire.
Il aimerait pouvoir transcender, sublimer, transformer, mais une saleté de force le maintient dans cet état où il se cantonne à dépasser la contingence. Garder la tête hors de l'eau, à tout prix. Sur le muret de la vie les forces de l'esprit paraissent bien faibles, voire inopportunes. Il subsiste dans la contrainte permanente de se dérober à l'instant. Ce temps qui trace un sillon indélébile, réduisant l'humble à l'impuissance la plus sordide. Mais on ne peut lutter face aux heures.
Qui plus est, on voudrait qu'il exprime du regret, une forme de contrition coupable, on l'accable de bons conseils, on l'empresse de se ressaisir. Vaste connerie, limites crasses. Il est bien incapable de puiser la moindre révolte, il courbe l'échine devant l'hydre de l'injustice, presque honteux de cet handicap. Happé par la douleur.
Une douleur sournoise qui se glisse dans sa couche, qui s'insinue dans les pores de sa peau, qui stagne dans l'air qu'il respire. Il s'embourbe dans le terreau glaiseux de la solitude et il en crève, à petit feu. Violence de la douleur, fixation du mouvement, la pensée confuse.
Grand calme synaptique, hébétude et incrédulité, plongeon dans une réalité absurde, vide sens. Pourtant c'est essentiel, le sens, consubstantiel de la raison, de la perspective, du sens critique.
Mais la douleur épuise et se nourrit de tout, asséchant jusqu'à la moindre parcelle de souffrance, annihilant toute volonté, foulant le désir. Il est interdit, nié, dissous. Il pense, j'ai la possibilité de mourir. Et rien que cette possibilité qui lui colle à la peau constitue le ressort du choix. E lester puis laisser le lit d'une rivière l'absorber, le charrier.
Fini le masque social, les faux-semblants, la trahison des petits matins gris. Assez de cette course morbide et effrénée au soulagement.
Plus besoin de justifier l'emprise de la douleur. Quand il n'y a plus de mot, dès lors que l'on ne peut plus rien bouleverser il vaut mieux choisir une franche et cinglante lucidité. 05/12/200904/12/2009Mélopées nocturnes, insomnie gluante, tête lourde gavée de somnifères. Batterie de pilules.
Il a préparé du café, l'élixir de sa solitude. Le paquet de cigarettes négligemment posé sur le bureau est vide, les cendriers dégueulent. Métaphysique des vases.
Bientôt quatre heures et le téléphone ne sonne pas, la messagerie crie famine. C'est l'insoutenable silence. Épaisseur de la nuit, froid pénétrant. Le passeur sommeille.
Il place quelques lampes, lumière indirecte, remplir l'espace. Ne pas céder de terrain, tenir la position. Les heures s'étirent, le temps paresse. Prier pour que le jour l'emporte.
Demain il y aura d'autres combats.
03/12/200902/12/200925/11/2009 |