25/06/2009Herbes follesUne goutte d'eau déchire le silence de la ville. Foules empressées sans mobile enhardissent le pas. Et ma solitude ouatée qui suinte l'ennui. Le silence il faut rompre, et l'ennui aussi. Deux temps, trois mouvements, la musique s'échappe d'une fenêtre à peine entrouverte, interstice sucré d'un après-midi morne. Vol bas des oiseaux qui montent de plus en plus au Nord. Réminiscences des marées lointaines, de la mer qui hausse le ton en rongeant la plage de sable. Souvenir du balcon des Roches noires d'où j'observe le ciel couvert crevé par un rayon de soleil. Se laisser emporter par la musique, s'assoupir sur une mousse. Tout près une femme chante dans un long souffle, une prière à la Vierge. Nous sommes pourtant loin du paradis. Moderato cantabile. Allez, vas-y Rachma, crache-nous tes notes et qu'elles nous tirent bien les larmes ! Alignés droits au mur, prêts à recevoir la rafale. Ça sent le sapin. Mur des Fédérés couvert de ronces dans un coin du géant La Chaise. Allez les gars, ne mourront pas pour rien. Assourdissante musique, nuages amoncelés puis un cri. S'étouffer en soi, enfoui sous des couches d'indifférence. Sol lisse, pierres brisées, c'est un immense charnier que tu foules de ton pas insouciant. Prends garde et écoute ces voix qui montent en clameur. Plus jamais le silence.
21/06/2009Les corps las se séparent dans un basculement rapide. L'acte consommé chacun s'accapare un côté du lit. Bruits étouffés des briquets, des cigarettes qui se consument. Pas un mot, pas d'échange. Juste cette substance visqueuse qui s'étale éparse. Pierre sens le sperme se durcir sur sa jambe, formant comme des croûtes opaques. Il redoute déjà les salutations furtives, les vêtements que l'on enfile à la hâte. Et lui restera allongé de tout son long sur le lit souillé. Déjà se manifeste la sourde angoisse du vide abyssal qui l'envahira juste après. Cette sensation de chute aussi vertigineuse que brutale. Il le savait pourtant, que l'illusion d'un moment le plongerait jusqu'au fond. Il voudrait se terrer, s'oublier, se purifier. Rien à portée qui puisse soulager le mal vénéneux. Subir, Pierre devra subir. Et ce sont durant ces instants interminables qu'il observe le lien fragile qui le retient à la vie. Obsession morbide, solitude profonde, mélancolie menaçante. Lutter contre la prostration, la léthargie.
Post coïtum animal triste. La recherche de tendresse, d'attention, objectisées en pulsion. Assouvie, celle-ci offre la perspective du néant. Pierre est un survivant, il a brûlé plusieurs vies. Mais à cet instant précis le destin lui souffle à l'oreille que tout est vain. 15/06/2009Incantations. Yeux crevés, foie mangé, infanticide, énigmes...
Et Morphée qui se cache encore dans le placard. Tuons-les tous !
Attaque panique aujourd'hui dans le métro. Chaleur, foule, regards, brouhaha assourdissant. Mon cœur qui s'emballe, les membres se rigidifient, La sueur qui commence à perler. Je me cogne la tête dans mon aquarium. Je suffoque, j'avale discrètement un cacheton pour faire baisser cette foutue fièvre, cet emballement soudain qui me vampirise. Mon corps tout entier m'échappe, mon esprit échafaude les pensées les plus incongrues. Comme ce vieux monsieur à côté qui ne cesse de grommeler des atrocités à mon sujet ou bien cette femme, juste en face, qui me scrute avec mépris. L'entreprise est folle, démesurée, fugace. Les minutes interminables que je traverse dans ce milieu devenu absolument hostile, confinement de la raison et exubérances des sensations. Et puis, lentement, le médicament dissipe ce foisonnement touffu et invraisemblable. Je réintègre à pas discrets mon corps, l'esprit se ramasse, les membres se décrispent. A chaque fois que je tente de briser ma cloche de verre je me prends des coups.
Et ce soir, la douleur, revenante et blafarde. Besoin de défonce pour la contenir. Je la nourris et elle me bouffe. Lutte acharnée pour survivre et atteindre, quelques fois, de plus en plus, de simples moments d'apaisement. Mon bonheur est modeste, il réclame juste un peu de paix et de légèreté. Mais il y a une chose en moi qui me retient, me lie, m'englue. Et lorsque j'aperçois l'édifice, l'ampleur du chantier, qui mène à la liberté je me désespère d'être un incapable. Comme j'aimerais plancher, mettre en mouvement ma raison, créer le mouvement, alimenter le questionnement... J'admire ceux qui y parviennent sans trop d'embûches. Même si je sais le prix qu'il en coûte afin de vivre dans cette perspective.
Non, je me tue. Plus compulsivement mais presque malgré moi, comme une habitude qui s'installe. J'ai la faiblesse de me faire croire qu'il s'agit là de plaisirs passagers mais la réalité est bien plus cruelle. Je suis mû par une morbidité structurelle que j'installe soit dans le confort soit dans l'excès. L'autre fois j'écrivais que je ne croyais plus au Messie, que cela me dévastait. Finalement j'ai réalisé que j'avais plus le devoir de me le figurer plutôt que de l'attendre. Au fond, il s'agit d'un travail titanesque. Se connaître, se dépasser, s'ouvrir. Puis être sauvé de ce monde sauvage nécrosé par le rapport de force, la gloutonnerie... 10/06/2009Mouvement musical aérien et entêtant. Images d'un dédale de ruelles sombres dans lesquelles on s'engouffre avec avidité. Le regard malicieux qui s'attarde sur quelques détails, ombres d'étreintes derrière des rideaux tirés, lampes rouges suspendues... La pensée qui s'apaise, le corps délassé, vivre les sensations durant un moment qui s'étale.
Alcôve vitrée, frissons parcourant l'échine. Prisme faussé, humeur fluctuante, retraite. Mais elle est toujours présente, incrustée en moi, déchirante. Je vois le monde comme à travers une vitre de train embuée. Tout va vite, tout est flou. Ces immeubles alignés où vivent des gens, un parc pour enfants, un vaste champ. Répétition minimaliste, structure constante sur laquelle vient se greffer un mouvement. Je ne trouve pas le repos, Morphée dans le placard...
Je repense à C. qui est partie en cherchant à ressentir l'existence. Je pense à ce qui me tue, ce qui me manque, ce qui me soulage. Les illusions sont parfois essentielles. Pas ce soir mais demain sûrement. Ainsi les jours passent, les heures s'effondrent lentement vers l'absolue inconsistance de la vie. Les perspectives s'ébranlent devant la terreur qu'inspire le vide.
Ma douleur je la nourris, elle me bouffe. Mais si je la taisais que deviendrais-je ? Consubstantielle et nocive, latente ou bien furtive. Je voudrais embrasser la liberté, que mes dents arrachent un à un ces moments fabuleux et grisants de légèreté et de paix. 16/05/2009Le manque. La douleur qui me fripe le corps. Un long flot de larmes qui s'échappe discrètement. Samedi soir dégueulant la solitude. Un soir qui me pousserait à prendre n'importe quoi afin de m'anesthésier, de m'éteindre violemment et sûrement. Nerfs en boule, je m'accroche au bureau, je cachetonne sec. Ma pauvre raison qui se fait la malle. Les pas feutrés de la douleur... Détruire, je dis. Aucune perspective du lendemain, perte des sensations. La douleur. Elle me déchire les membres, elle me désosse, elle ravage tout. Sulfureuse, rageuse, fichée au creux de mon abdomen. Je ne suis pas triste, j'ai « juste » mal. Et ces fichus boulets qui me plombent. Je perds pieds et je ne sais pas nager. Je voudrais me souvenir du jour où j'ai été un enfant. Me réfugier dans une moelleuse régression. Trouver la paix du sommeil dûment mérité. Je voudrais hurler :« la paix ! »
J'aimerais, quand mes turpitudes m'auront emporté, qu'un ami couche son souvenir de moi. Je n'ai pas l'ambition de marquer mon temps, d'ailleurs je suis dénué d'ambition. Mais simplement que quelque chose de moi filtre depuis mon aquarium.
Je n'attends plus le messie, ça me dévaste. J'ai envie de sortir des Roches noires pour m'avancer sur la plage abandonnée. Sentir l'embrun me fouetter le visage et l'eau froide caresser mes jambes.
J'ai rendez-vous, avec une dame, dont la robe de taffetas traîne sur le sol. Bienveillante, elle m'étreindrait. Je poserais mon visage contre sa poitrine muette puis je sourirais, libéré de la douleur. 11/05/2009Gouttes de pluie accrochées à cette note bleue
Réveil cafard après un long sommeil cotonneux
Courses noctambules pour quémander un « je t'aime »
Lieux tortueux et humides, mon âme blême
Je suis en manque, je fredonne l'air du vide
Des bras entre lesquels me réfugier pour oublier la vanité du monde
Être moins seul à jouer la partition des paumés
Petit soldat sans gloire, tombé sur un champ d'horreurs
Poussières d'anges sexués partout autour
Foutre paresseux et chanson mélancolique
Il y a ces couples improbables qui descendent le fleuve
Et moi qui ne me résous toujours pas à traverser
Certains bâtissent des empires, d'autres se perdent dans les labyrinthes
Mon petit démon me souffle à l'oreille qu'il n'est pas venu le temps
Le temps de la paix et du partage, le temps du repos
En attendant il pleut, et j'écoute cette note bleue 03/05/2009Ce thème musical m'obsède. Je le passe, je le repasse en boucle. Comme s'il conduisait mon esprit vers le chemin du repos. Il me pénètre, il résonne en moi. Et je l'écoute à chaque fois avec l'ingénuité de celui qui tombe sous le charme. La création, le rythme, l'imbrication subtile me fascinent. Je suis un névrosé de l'immatérialité. Comme les enfants, je suis persuadé de découvrir le vaste monde qui m'entoure. Seulement, parfois, il me happe. Mais ce soir, c'est doux, je me sens léger. Presque en paix. Le processus du questionnement permanent, celui du juif errant, m'a lâché les basques et j'ai envie de dire : « putain, ça fait du bien ». 02/05/2009Je crois que je suis un peu altéré...Arthur Koestler nous décrit trois cerveaux en un. D'abord le reptilien qui déclencherait nos instincts les plus primaires, ensuite celui qui recellerait nos émotions et enfin le cerveau propre à l'homme qui nous dote de la raison. Il explique l'antagonisme schizophrénique entre ces deux derniers puisque l'un nous pousse vers l'impalpable, le ressenti, tandis que le dernier inscrit la critique et l'interprétation. Athée, Koestler démontre combien l'homme face à la peur de la finitude se pare de croyances, d'idéologies, auxquelles il s'attache de façon grégaire. Ainsi, l'homme serait hostile à un autre groupe de son espèce, comme l'écrivait Claude-Henri de Saint-Simon : « l'homme est un loup pour l'homme. » Même si ce dernier faisait plutôt référence au capitalisme dévorant du dix-neuvième siècle, à l'exploitation, à l'injustice de la France post-révolutionnaire. Depuis des millénaires l'homme se fabrique des dieux, des mythes, accompagnés de rituels parfois cruels (comme les sacrifices humains de l'époque précolombienne.) La religion, qui échappe au cerveau de la raison, serait un rempart inconscient de défense. Elle tend à se répandre pour obtenir le plus d'adeptes possible. Ainsi, Saint-Paul fonda le christianisme à Ephèse pour convaincre les juifs que le Christ était le messie. Saint-Pierre, quant à lui, propagea la religion chez les païens. Les religions monothéistes sont fondées et imposent un dogme, une doctrine à laquelle l'homme est appelé à adhérer sans sourciller, elles créent un rapport de soumission à Dieu, une latéralité. C'est ce qui révoltait profondément Schopenhauer, la verticalité entre l'homme et sa croyance. Il compléta d'ailleurs la « Critique de la raison pure » de Kant par « Le monde comme volonté et comme représentation » dans lequel il développe un pessimisme existentiel, très loin du décatantisme qui s'en réclamait sans en comprendre le moindre concept. Car, malgré une philosophie peu engageante, il écrivit qu'une vie « heureuse », si elle existait, valait mieux que le néant. Néanmoins l'existence est vouée par nature à l'échec, à l'imperfection, à la mort qui rend la vie absurde. Et l'absurdité serait un formidable moteur à la fois biologique et psychique, un cumulus gigantesque et en perpétuelle croissance. Mais nous ne sommes pas qu'atomes (matière) et ondes (esprit), nous sommes les seuls animaux qui, s'ils le souhaitent, peuvent errer dans le désert de l'infini. Le Grand Architecte nous a donné le plus dangereux et formidable cadeau : la liberté. 30/04/2009"Je traverse ou pas ?" 2Corps à la renverse, froissement des draps. Corinne se raidit. Tension des membres, douleur furtive, mordillement des lèvres. Les minutes qui s'étendent, le temps distordu. Derrière les persiennes on devine un soleil de plomb. Et le chant de la mer. Il y a ce dehors bouillonnant, heurté de mouvements, de manifestations vivantes et éparses. Dedans c'est clos, sombre. Les gestes mécaniques de l'homme, son râle vulgaire qui résonne dans le crâne compressé de Corinne. Passivité marchandée d'une jeune femme. Touffeur de la chambre, sueurs dégoulinantes, ce poids massif sur elle. Envie de fuir, d'hurler son écœurement, de le tuer, lui, qui abuse d'un rapport de force. Et en même temps subir, endurer, se meurtrir, laisser aller. Expérimenter la sexualité dénuée de sentiments, de désir.
Ce désir qui l'avait abandonnée depuis des années et qu'elle voulait ressentir, à tout prix. Car il lui semblait que sans cet élément là elle ne pourrait jamais vraiment se sentir incarnée, en harmonie, en paix avec elle.
Coups de reins pour rien ou tout simplement rien. Une partie de sa structure désertée, plus de cerveau reptilien, plus d'appétit. La matière des « autres » lui glissait sur la peau sans qu'elle n'y comprenne rien. Alors Corinne cherche des sensations, des expériences. Pas de concession, un zeste d'absolu. Le vide qui grandit dans ses entrailles, les nausées récurrentes et ce cri sourd qui la hante en permanence. Et cet antagonisme absurde qui veut que ses pulsions vers l'auto-destruction soit le seul terrain qui tende à la faire exister. Ce n'est pas la finitude qui effraie Corinne mais la douleur. Ce monstre solitaire qui dresse un mur infranchissable entre elle et le monde. Perception altérée qui trouble la conscience, la vérité première. Corinne endure la solitude des âmes errantes, entravée dans l'épanouissement de la passion, du mouvement de la vie. Corinne devient une sorte de forteresse d'argile.
L'homme éjacule, se retire, s'étend de tout son long sur le rebord du large lit puis allume une cigarette. Corinne demeure muette, tétanisée par le dégoût. Dégoût ambigu, forcément. Il s'habille lentement, sort quelques billets de sa poche et les dépose sur la table de chevet. Sans un mot il franchit le seuil de la porte et disparaît. Elle, paralysée, voudrait se précipiter dans la salle de bain pour se nettoyer, se décrasser, supprimer le sperme qui coule encore de son sexe. Frotter bien fort pour se persuader de recouvrer la virginité, invoquer n'importe qui, n'importe quoi, pour se purifier. Il y a une glace sur pied posée devant le lit, Corinne n'y aperçoit que l'image livide d'un être ectoplasmique. Elle parvient à se saisir des billets et les déchire en mille morceaux. Transaction annulée. Premier geste libérant une forme de soulagement diffus. Elle se redresse, passe un peignoir de coton, ouvre en grand les persiennes. La lumière envahit violemment la chambre, moment d'étourdissement. Corinne avance jusqu'à la rambarde du balcon. Le chant de la mer. Le murmure des enfants qui jouent. Bouillonnement soudain et saisissant. Le métal de la rambarde qui brûle, qui semble mollir. La mer reflétant la puissante lumière. Étourdissement du corps et éveil soudain de l'esprit. Corinne inspire longuement l'air iodé. Moment, unicité furtive, vives sensations, idéation fluide. Marée montante, la plage se désertifie. Corinne immobile. Le vent se lève ébouriffant ses cheveux. La nuit reprend lentement ses droits. Je traverse ou pas, elle se dit. 15/04/2009Viscéral et passionné, jusque dans les désirs qu'il ne pourra jamais atteindre. L'absurdité du monde, de la vie, l'amusent, le stimulent et parfois l'accablent. Il ne pardonne pas l'impardonnable. C'est-à-dire ce qui est au-delà de l'humain, l'imprescriptible. Car pardonner c'est accepter, dans un sens judéo-chrétien, la demande de l'autre si celle-ci est formulée et donner, aussi, quelque chose à l'autre. Et, parfois, il nous est possible de dire non. Comme pour Jankélévitch et Arendt, il y a une sourde révolte qui impose les limites du pardon. Dans « Le Pardon », Jankélévitch écrivait « le pardon est mort dans les camps de la mort ». Verve enragée, outil d'une mémoire. Refuser, être mué par une révolte consubstantielle, fuir l'ère du temps, nourrir le mouvement perpétuel, le questionnement. Car la révolution ce n'est pas forcément le grand soir, la radicalité et l'opposition récurrente. Réformer, à la manière d'un Jaurès, c'est une révolution en évolution, au sens propre. Avec en pointe de mire le souhait ardent de changer le monde, de le rendre plus juste.
Pardonner, donc. Certains considèrent que le pardon est absolu, qu'il doit être donné sans concession, sans châtiment, sans réparation. Même quand le pardon n'est pas demandé. Chirac, il avait avancé, a dénoncé « l'irréparable de la France de Vichy », mais il n'a pas demandé pardon. Toujours cette vieille rengaine qui veut que la France, la vraie, résistait. Celui qui est resté passif, muet, aveugle, sourd, doit-il demander pardon ?
Le pardon ne répare pas, il ne relie pas le passé au présent, à peine peut-il soulager une conscience. Car c'est au moi qu'il s'adresse, à l'interaction entre soi et le monde. Alors ? Le pardon ou l'oubli ? La Justice voudrait qu'il y ait une réparation et une punition dans le cas d'un acte criminel, par exemple. Mais l'oubli serait le pire des crimes pour l'existence. Parce que la mémoire vit, construit le temps qui lui succède. Donner, recevoir, accepter, refuser. Peut-être que le choix est dû à ce en quoi l'on croit. Nos convictions, nos croyances, nous commandent d'adopter une position face au pardon. 26/03/2009Tournicoti tournicota, la tête dans les nuages. Brume pulmonaire et cerveau temporairement indisponible. Pulsions, le corps qui se fait du bien. La raison trouve un lieu discret pour attendre que l'orage passe. L'esprit se libère, l'inconscient ressurgit. C'est bon, putain. Écriture coulante, désordonnée, décentrée. Pas de sens, pour une fois, pas de codes, de mystères. Pas de hâte d'être à demain, pause dans le temps. Non de Dieu, je me sens étrangement bien. 22/03/2009Le train qui fend la banlieue. Grise et morose, close. Des ponts ça et là pour relier des bâtiments aux fenêtres condamnées. Les rails qui en croisent d'autres, immense gare, effroi du souvenir des transports de marchandises, du triage, du train qui ne revient jamais. Banlieue qui boue sous la chape d'un silence ombrageux. Il fait froid, apparitions timides mais vives du soleil. Qu'est-ce que c'est un rayon de soleil sur du gris ? Et l'homme dans tout ça ? On ne le voit pas, on l'imagine terré, défendu par ces rideaux tirés, ces persiennes rouillées. Il y a comme une terrible brisure entre deux mondes qui se frottent mais ne se touchent pas. Humeur triste, vagabonde, voyage pour rien, pour passer le temps, les heures, forcément. Je vais, je viens. Myriade de routes pour se perdre, pour fuir le destin, tous les chemins mènent à un pont. Et sur le pont on fait le choix, je traverse ou pas ? Moi j'ai le vertige, l'étourdissante vision des éléments qui basculent. Je m'agrippe, de toutes mes forces. Monde instable, crise permanente depuis sa naissance, bouleversements, révolutions, évolutions... Tout se transforme dans un mouvement gigantesque mais imperceptible.
Le pont. Je traverse ou pas. En dessous coule une rivière où je pourrais tout aussi bien m'enfoncer. Lentement mes pas dans la terre glaise, l'eau saumâtre qui pénètre mes poumons. Le pont. Ai-je le choix ? Oh, Seigneur en qui je ne crois pas, laissez-moi dormir profondément sur la barge qui disparaît dans la brume. Il y a une sorte d'homme qui la mène. Ma tête reposée sur un sol moelleux et une harmonieuse mélodie qui chatouille mes oreilles. Mais je m'enfonce dans le lit comme dans la rivière. Ne pas dormir, être dans l'impossibilité chronique de dormir. N'aie pas peur bonhomme, il y a le plus souvent des lendemains. Oui mais, je traverse ou pas ? 18/03/2009La putain rasoir, de l'autre côté du trottoir, qui m'observe, qui me guette, pour mieux m'avoir. Je contourne, je m'approche, je joue avec le feu, feu fou, feu de joie, feu des enfers. Elle racle tout la putain, les marins, les petits fonctionnaires, les maris las, les pervers du dimanche... Parce qu'ici c'est un peu un port, un port insulaire avec ses quartiers sombres et poisseux. On y croise des hommes à la démarche lourde ou titubante, sorties des tavernes cachées derrière de grands porches à demi ouverts. Ça sent la mer, obsession de la mer, cette géante goulue qui vit tout près, qui vrombit, qui crache son écume noire. Le silence de la ville si ce n'est ces mouettes qui tournoient. Silence de l'existence des hommes. Silence de la putain qui attend bien installée sur ses filets. Il y a des endroits, dans de petites ruelles à peine éclairées où l'on fume de l'opium. Porte, rideaux, dédale. Salle sur deux étages couvertes de matelas et de corps assoupis. Quelques lanternes accrochées aux murs suintants. Je traverse la ville à la recherche de mon hôtel comme un long cargo qui approche du quai. Marchandises exotiques, contrebande, voyous et dockers rudes. Odeurs âcres, puissantes, pénétrantes. Je suis étourdis, ce gouffre m'avale sans que je n'agisse. Je demeure spectateur. Et puis la putain, pourquoi elle insiste, pourquoi moi ? Je trébuche, elle ricane d'une voix rauque. Elle m'attend parce que je ne serai pas son client, forcément. Elle en veut à ma substance, à ce qui fait que je ne suis pas encore tout à fait comme les autres ici, un fantôme. Elle veut me chosifier pour que ma conscience se taise, que mes sens meurent. Je résiste. Mais, ici, on est prisonnier d'une force qui annihile, on finit par se fondre dans la ville, devenir une ombre fluette. Je ne sais plus pourquoi je suis ici, je ne sais plus comment je me suis perdu. La putain du port se trémousse, roulement de larges hanches. Elle s'approche petit à petit, sans se presser. Un large sourire se dessine sur son visage, elle me fixe. Toi aussi mon petit, un jour je t'aurai, elle dit.
Je m'enfuis en courant, empruntant n'importe quelle rue, je cours dans un labyrinthe sans sens. Mon hôtel... Je suis perdu. Pas de sens à tout cela, pas d'intention, juste des mouvements qui se déroulent mécaniquement. Le hasard finit toutefois par me conduire près de l'hôtel où je m'empresse de regagner ma chambre. Pris d'une démesurée panique je ferme la porte et condamne son accès. Je m'allonge, l'esprit dégorgeant. Lit humide et froid, je trouve le sommeil. Et si cela n'était qu'un obscur rêve ? 13/03/2009Baroque moelleux, Mondoville ça balance. J'ai la tête qui se détache du corps en se dévissant, mes lèvres anesthésiées. Je suis lent comme un géant de pierre au pas gourd, membres flasques, vision trouble. My shrink is upset. Je pars à la dérive, GPS mort, technologie obsolète. Recherche. Pas de mémoire de ces sensations, des souvenirs, des rêves. Le conscient qui déborde, l'inconscient qui accapare l'esprit. Lutte. Sisyphe. On touche le bout, presque, puis on chute. Tout s'emmêle, se complique. Nietzsche se trompe, la simplicité c'est l'illusion du bonheur.
Je me perds irrémédiablement dans la gare Saint-Lazare. Dédales, engouffrements, paquets d'usagers pressés ou trop lents. C'est la bouche de l'étourdissement. J'ai décidé de la détester.
Soleil frais. Manteau ouvert qui suit le sens du vent. Je l'ai vu, lui aussi. La rue La Fayette nous sépare, un bus passe lentement. Il a disparu, comme dans les films.
Je voudrais revenir en arrière, avoir les outils pour comprendre, agir, créer, exister. 06/03/2009Aujourd'hui bonne collecte de nuages. Air humide le matin, plus sec et doux le soir. Les passants se contentent de passer, marche régulière et apaisée. En revanche le bus est lent, pris par les embouteillages, j'observe quelques personnes sur le trottoir. Il est beau, lui, beau à en mourir, je vais conserver son image toute la journée. My shrink, relax and have a good time. Le soir, redouté soir, mon pathos et moi. Musique, le baroque revient en force. J'ai dit à Papa qu'il était con mais surtout, et c'est plus grave, borné. Je n'ai pas sommeil, comme d'habitude. Recourir à la chimie pour s'assommer, oublier, passer les heures. Le temps n'est qu'une distorsion.
Bonne nuit. 23/02/2009Bien calé dans le fauteuil club. La vision se trouble, mes mains tremblent et, petit à petit, il me semble que ma tête devient indépendante du corps. C'est l'heure de l'entre chien et loup, la lumière s'affaiblit à une vitesse vertigineuse. Bientôt, très vite, ce sera la nuit et son cortège de sortilèges. Mon cœur bat rapidement, parfois je crois que je vais mourir. Partir, seul, en début de soirée, c'est profondément triste. Mais on ne choisit pas sa vie.
Parachute crevé. Chute cotonneuse. Massive Attack en fond. J'atterris lentement, porté par mes anges. Poussière d'étoiles, lumières cachées, Photos sur les murs. Je regarde les photos, elles ont un sens pas un intérêt. Sens incisif, évident.
Je parlais de solitude. J'apprécie être seul de dix-huit heures à vingt et une heure. C'est un moment que je m'octroie, que je m'offre. J'essaie d'oublier le reste. Les heures, elles défilent sans que je les retienne. Le reste, il me colle à la peau.
L'autre fois j'écoutais Shostakovich dans le métro, ligne 7, le contraste est saisissant. Un garçon m'a observé avec insistance, gêne, je ne savais plus où porter le regard. Il téléphone, accent russe, ah si seulement j'osais ! Enfin parfois.
Je rêve de palais dans lesquels je danse, volant, en farandole. Un acteur des années cinquante me salue en levant son verre à champagne. S. me tient la main. J'ignore pourquoi mais ça me met d'excellente humeur au réveil.
Je consomme trop la pilule R. à tel point que je n'en ressens plus les effets. C'est ma nouvelle drogue et elle est prise en charge par la sécurité sociale. Mais le docteur M. va élaborer une nouvelle stratégie demain. C'est usant de guetter les ennemis en permanence. Je suis épuisé. 20/02/2009La solitude. Accaparante et sournoise. Elle s'installe telle une grosse putain sur le canapé. Et en plus elle réclame un verre puis une cigarette. Elle envahit le lieu comme l'air que l'on respire. La solitude, pas de cadeaux. Musique lancinante, espace sombre, elle danse. Répétition d'une partition écrite il y a longtemps, trop longtemps. La solitude, valet de chambre. Ses pas feutrés qui foulent mon sol tout autour de moi, son haleine humide que j'hume, parfum âcre. Une nouvelle soirée d'hiver qui ouvre son bal de fantômes perruqués, palais de glace, miroir sans teint. La solitude, elle croque à pleines dents. Ventre vide, il fait froid, le téléphone est mort, le chat de maman aussi. 15/02/2009La musique qui pénètre mon crâne. Les cloches qui sonnent. Le buzz. Les membres flasques. Je souffre. Et puis ce manque, cette poisseur de vide croissant qui m'envahit. Absolument le nourrir pour qu'il se taise. Parfois il hurle et je me tords de douleur. Falaise et mer déchaînée, j'avance sans vraiment voir. Vision floutée, pas hésitants. Le vide, le fléau de l'espèce humaine. Le vide, mon intime hôte. Je fume l'écume des vagues et je recrache une épaisse fumée opaque. Fuir, courir vite, loin. Pilules, sommeil, pilules. Tenir bon, se maintenir en vie, on verra plus tard pour la dignité. Attendre que « ça » passe, sans aucune prise. Mandalas obsédants. Rythme saccadé qui assène son poids. S'évader. Lectures, nuits blanches. Et sans cesse passer au lendemain. Demain offre la promesse de surprises enivrantes ou détestables. 19/01/2009Métamorphose, cafard. Je rampe sur le sol des bassesses en évitant les obstacles. Pourtant voici plusieurs jours que je tiens tête à mes démons. Mais je n'en reste pas moins un cafard. Petit insecte inutile et nuisible. Les cafards souffrent-ils ?
Je commence à peine à circonscrire ce vide qui se répandait à l'intérieur de moi. Il croissait tant que j'en devenais dépendant. Toujours l'alimenter, l'entretenir par tous les moyens. Obsession malsaine et en même temps fascination du phénomène glouton. Coups d'épée dans l'eau.
Il s'est levé droit comme un i, m'a lancé une phrase lapidaire, récupéré ses affaires et m'a dit « au revoir ». J'ai pleuré toute la soirée, paralysé par la peur. Après tout peut-être que je ne mérite que cela.
Bientôt Simon va rencontrer Marie, j'y travaille. Leurs destins vont se mêler pour une nouvelle aventure.
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